09/05/2008

Arrêt sur Image

Etranges
Bestioles
Postières
De lettres
Timbrées





 

Toutes ces enveloppes! Par milliers,
Qu'on lèche et puis qu'on ferme;
Papilles rouges du nitrite liquéfié
Champignons toxiques et autres germes.
Destins cacochymes plongés dans le noir,
D'un fer d'acier en forme de boîte;
Au jardin des pavillons, des sordides trottoirs
Dont la coquille semble repeinte par la ouate.

Les carrés blancs s'entassent et la coccinelle,
Qui s'était perdue, armée d'un écu écarlate,
Pose ses pattes en aguilles, frisonne ses ailes
L'oxygène lui manque dans l'obscurité moite.

Lourdes! Lourdes sont ces enveloppes;
Et le parfum du tabac froid,
De tâches de cafés transpirant l'azote
Lourds! Lourds sont ces papiers froids.
Ses yeux, ces deux boules toutes noires,
Sont devenus deux plutons glacés lacrymales
Piqués par l'intensité austère des moires
Dont l'opaque blanc s'est vêtu de cristal.

Elle avance, recommence, doucement s'élance
Cette route est glissante, comme la banquise
Dans ces arctiques givrés où l'aurore danse
Avec des Inuits décorés en marquises.
Peuplades marines, ours blancs noirs de puces;
D'un pays qui fut jadis communiste et russe.

Des traits bleus ou noirs s'esquissent,
C'est des adresses écrites de l'homme
Dont les fenêtres ont des allures d'hélices,
Et des jardins verts, couleur de pommes.
Des lignes lumières, des soleils qu'on écrase
Où l'illusion de liberté, surit cet extase.

Pourtant la bête a la pantomime des valeureux,
De ces armées prussiennes battues et exsangues
Qui suintent la bataille et le verre granuleux.
Et dont l'accent ricoche sur la langue,
Leurs pas s'effacent dans le désert brillant,
Le Tsar a la bouche ouverte dans un rire
Tambours en Sibérie aux cœurs tout haletants,
Progressent lentement avant de mourir..
Cette plaine blanche, c'est une boîte aux lettres
Jaune, vaillante et sourdes d'insectes,
D'un mouroir pénible et tout visqueux,
Où s'enlace billets d'amour et violents aveux.

"Je ne pourrais te répondre que des moi aussi,
Mon Amour, puisque notre histoire se nourrit
Des fragrances de soupirs et des baisers,
Qui se dispersent chaque jour dans le passé."
L'inconnue extasiée qui avait écrit cela,
Sur le rebord de sa fenêtre, à l'aurore
Avait des cheveux rouges de cancrelats,
Ainsi qu'un voilage de poussière d'or.

Entre tous ces assommoirs amoureux,
De rouges à lèvres, de papier rose
Du carton funèbre pour un adieu,
La bête chute, et la nuit s'impose.

La petite porte pour cartes postales est fermée
C'est une prison, la coccinelle s'est effondrée.
Dans les tréfonds de la machine bien gourmande
C'est le silence qu'on lui fait pour offrande.
Ses mouvements frottent avec délectation le métal,
Elle ne peut plus lutter dans ces dédales,
Ses linceuls seront deux maigres curriculums
Qui n'étaient pas épitaphes mais post-scriptum.

 

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