19/05/2008

Elegie pour une morte

La nuit s'endort sur nos sourires inertes. Nos faces glabres dans les bains de lune, s'esquissent en formes ovales. Et comme le loup, mes canines sont plantées dans le cadavre à la jolie robe. Je le regarde en croque-mort, statufiée dans ma langueur, et d'un rire transcendant les sons, je persiffle ma rancœur d'une voix toute haletante!
« O Méditative, lorsque tes yeux ouverts dialoguent avec l'invisible, je crois mourir avec toi. Notre folie nous enveloppe d'élucubrations distinctes. D’un jet de souffle, et de transpirations abondantes. J’ai dans ma poitrine des asticots qui veulent te rejoindre, et se régalent d’une chair encore vivante. Quand l’esprit devient prisonnier  des griffes des fumées hallucinantes, sorties des égouts,  tous les êtres sont inepties. Ils ont la marche des oiseaux et les paroles d’un prophète... Et je te regarde, douce défunte, et je te regarde…comme si j’y voyais quelque chose de grand  »

De tels yeux ne peuvent pas être humains, ou sinon ceux d'une Immortelle?
Ils ont l'acide des poisons qui rongent les cœurs les plus graves, et la couleur des parfums qui nous chamboulent. Ils dardent le monde, comme on le caresse et s'amusent à n'être que des miroirs diaphanes d'une âme des plus pures. Ils ont cette orbe parfaite, crénelée de larmes pénitentes, d'une sainte transpercée de lumières .Et de longs cils éteignent sa clameur, lorsque les nuits ses paupières se closent sur deux tombeaux. Le noir d'un crayon y trace l'empreinte des séduisantes, et cachent d'une révérence jouissive, sa tendre pudeur... Ses prunelles ont des anneaux glacés dans la suie pour ornement, et des éclipses pour rétines, semblables à des îles maudites dans deux océans , dans deux bouts du monde .Car ses yeux ont le bleu des tourmentes, de ces lacs nordiques des plaines perdues... Le bleu des fruits mourants, et celui des mouchoirs. Car ses yeux ont le bleu des tempêtes, dans des eaux voraces ; ou le bleu des carapaces d’insectes, qui dorment, dans l’ombre.
Son âme, fiancée  a son regard, épingle puis torture le monde.  Et de cet hyménée cruel par sa splendeur, existe la morte.

Je cherche dans le vide un trou pour sombrer
Et la statue aux pierres de l'humble tombeau,
Porte en ses bras gris, et glacés
Le corps lourd d'une morte en manteau.

Elle gisait statique, le regard vidé par l'érosion
Et la boue comblait ses fissures éparses
Dans l'ombre, je crus que nous pleurions,
Ma tête posée au ventre de la carcasse.

Sur son corps noirci par les lichens parasites,
Sa bouche, crénelée de sourires évanouis
Semblait me crier, dans un pacte tacite
"Ne me laisse jamais tomber dans l'oubli".

Demeurait l’intact masque d'une tragédie macabre.
Egayée par les paillettes de grands flambeaux
Et sur sa peau, blanche et glabre,
Ruisselait la moiteur du caveau.

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