28/01/2009

Ballade Technique pour quelques lamentations

Perce moi de tes clous sur la croix pour toujours
Dans l'ombre intacte des saules déracinés,
Au bord du lac, où nos amours
Se sont éparpillés.
Les papillons sifflent de leurs ailes un poème
Et leurs couleurs périssent sous nos doigts
Ne vois-tu point toutes ces larmes qui se sèment,
Sur les coques fleuries des barques en bois?
Il y'a les ondes d'un menuet qui serpente l'air
Le clapotis léger des eaux s'ébruite doucement
Comme s'il y'avait dans l'atmosphère
Les tambours graves d'un enterrement.
A la traine du vent, ils s'étreignent encore
Nos baisers comme des flambeaux éteints
Attachés au pistil des fabuleux boutons d'or
Qui fleurissent en masse dans le jardin.
Ainsi nous pleurons de ces cendres fumantes
Dont l'écorce impalpable s'effrite comme le liège
Au dessus enlacés d'une flamme crépitante,
Qui se meurt asphyxiée par son propre piège.
C'est le sombre tilleul, sous le kiosque à chansons
Que le vent entraine aujourd'hui,
Dans ces valses, que nous pensions
Etre celles de notre vie.
Je te désire nuage, car à mon œil
Tu as découpé la rétine et la raison
Pour la peindre sur l'étouffant cercueil
Qui nous a volé notre passion.

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00:21 Écrit par Comtesse Christa dans Zinc pour les lèvres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/01/2009

Le Laboratoire du Docteur Jeckyll

C’est le corridor, au portail tout ouvert,
Dont les murs marbrés sont étouffés de tentures
Au dessous de l’ombre, cet effroyable cancer
Qui brunit l’argent des gigantesques armures.
Il y a cent chandelles qui les pleurent au plafond,
Et la cire brulée pleure aussi sur le bois des tables
Comme ces clepsydres noyés du vomi de leur sable
Encerclés de dix huit soldats, dix huit soldats de plomb.
C’est le corridor, où les colonnes sont épaisses
Et paraissent être la gorge béante d’une louve
Dont le pelage galeux infesté de l’herpès
Reste aussi lugubre que le noir des douves.
Le vieillard siège et radote une vieille histoire,
Il est seul à sa table,  ses doigts sont si blancs,
Que l’humidité tactile de ce sinueux couloir
Semble l’avoir vidé de tout son sang.
« Les drogues ont libéré l’individualisme
Et c’est sur un tas de cendres que l’homme
Dont la langue à léchée le métal puis l’opium
Dans un désir solitaire d’exotisme
Dévore la précarité du vocabulaire poétique
Diluée comme le savon et comme l’eau
Il a soif de vin, et d’élucubrations lyriques
Déformées et volatiles comme l’oiseau. »
C’est le corridor qui se renferme sur lui-même,
A la symphonie macabre des derniers tambours
Sur le vieillard et sur tous ses soldats blêmes
Ecrasés par le mutisme de larges rochers lourds.

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00:12 Écrit par Comtesse Christa dans Chanson pour un laboratoire | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

15/01/2009

L.

Ils sont quatre hommes enfouis dans les gilets de l'hiver ,
Plus pâles qu'un rayon de craie sur un tableau d'école
Et leurs mains serpentent le bois, ils manquent d'air...!
Asphyxiés des courbes droites de leurs cols.
Ils reposent par dessus l'aurore, sous la résine
D'un cercueil taillé à l'exactitude de leurs os
Et leurs fronts ont cette sculpture androgyne
Que l'on dénude lorsqu'on a plus de peau.
Leurs orteils frappent à coups de tambours fantomatiques
Les planches épaisses de l'effroyable tombeau
Et l'un d'eux murmure dans quelques italiques:
"Je veux voir la lumière brûler à nouveau".
Soudain, le vernis se craquèle et la blessure sourde
D'une hanche brisée s'écoute dans l'effroi,
Du silence anéanti de ces quatre gourdes
Piégés comme des cons et pétris par le froid.

Nous rentrons dans un monde parallèle.

L.

Tous les caveaux vont s'ouvrir au travers des pendules,
Depuis que l'horloger démembre toutes ses proies
Pour mêler au chant des chouettes qui hululent
Le "tic-tac" incroyable du temps qui s'écoula.

Bien plus profonde qu'une gorge de puritaine,
Plus suave encore que l'allaitement au sein
La vague emporte dans sa mitaine,
Le clepsydre comme son embrun.

Il est minuit ailleurs, et les sifflements des tempêtes
Surgissent de la gueule ouverte de Viracocha
Et les éclairs sont plus brillants que les comètes
Qui se perdent dans les toiles du Wallallah.

Je suis ivre, mon âme,
La théière m'étrangle avec ses anses.
Et toute l'essence d'une anse repose dans le sens de bienséance,
Qui me fera vous dire: Madame,

Nous rentrons dans le monde réel.

L.

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00:17 Écrit par Comtesse Christa dans L. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |