21/11/2008

A Jean Louis


Mon ami,
Je ne crois plus que les sentiments aient un sens,
A la raison de ceux
Qui s’aiment.

Car, Toi,
C’est un peu comme on éteint les derniers feux,
Des anciens campements, où s’étendent les larmes
Sur les visages des femmes et dans leurs yeux
L’argent brillant de leurs dernières armes.

Y’a la rivière sur le plateau qui se meurt en cascade,
Avec des gouttes partout, en un lac de terre mouillée
Et puis, toi tu es là, pour la gorgée de la dernière rasade
Tu es l’ombre noire qu’esquisse l’ocre des grands rochers.

C’est le loup, à pas feutrés qui presse ton éternel voyage
Ainsi qu’un long filet de rires qu’on écrase du pied
Dans cette brume lourde, des lointains rivages:
Où les falaises se creusent dans un fracas étranglé.

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09/11/2008

Ma Mère la Hongrie

Dans la sève des cailloux, du noir des métros
D'un kiosque à l'autre, le froissement des papiers
Sous l'arche d'un vieux mur empestant la chaux
La Hongrie est un froissement de journal écrasé.
Budapest, ou des rues dévoilées par l'ombre ;
Des toits de tuiles bleues ou vertes, parfois brisées
Qui se mêlent à la teinte fauve et sombre
Du Danube aux vieilles péniches arrimées.
Des hommes barbus, vêtus de cuir et de jean
Portant entre leurs bras des sacs en plastique
Leurs femmes ont de longues nattes qui dessinent
De larges cercles dansant élastiques.

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17/10/2008

Le Désert des Bédouins

De somptueuses plaines gondolées  par le vent,
Le hamac est rond, et l’enfant y dort
Tout l’ocre de ses paumes est éclatant
Du hénnée gras qui sent encore.
Bédouin dont les yeux noirs respirent le haschich
Et dont les dents crasseuses sont des soleils
Ce sont dans tes cheveux noirs que se nichent
Ces sables blancs transpercés de vermeille.
Des champs de pavot oscillants au son du tambour
De l’air bouillant et des insectes tout fébriles
Dévorés par les serpents mêlés comme des cils
A la gueule vorace ainsi que des vautours.
Bédouin cruel, le bâton brandit sur la vieille femme
L’enfant maigre, le chien, et l’esclave endormi
Sur cet âne, ce vieil âne, que tout condamne
Malgré les hurlements tu ne t’es pas attendri.
Crépuscule ensanglanté, défiguré de lumière
Où le col des dunes brûle dans le feu
De châles d’oiseaux, et des tempêtes fières
La couleur là bas, est le miroir des cieux.


Le bleu de leurs vêtements dans le bleu du monde
Au dos de ces chameaux que la marche entraine;
Et le parfum des encens si immonde !
Dans les tissus sale de leurs longues traines.


Enfant nu, bordé par le cours du ruisseau
Le ventre rond, ainsi que le fruit creusé
Sombre de gaité, et noir de peau

Dont la bouche s’exhibe avec fierté.

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